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Poésie

24 juin 2009

Alexandre Valassidis


      Je connais des endroits, j'ai noté les trajets.
      La nuit, la mer s'écrit à reculons, ouvre des bras
      Immenses qui ont des bouches minuscules.
      j'ai noté:

      la rue aux réverbères, et le voisinage dans les fenêtres
      entre les poumons.
      Le monde.

le_monde

      Plus loin, des voix s'inquiètent,
      où est ma voix?

      Il faut rentrer les mains dans le corps,
      activer les mécaniques subalternes, sous-jacentes,
      sourdes.
      Le monde.

      Demain, j'arracherai (avec la main triste que j'ai) le feuillet qui

      portait la date d'aujourd'hui.

.

(La nouvelle poésie française de Belgique, Taillis pré, 2009 / extraits de Gravats, à paraître)

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10 juin 2009

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La scène poétique

Fred Griot

A. Dupuy

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07 juin 2009

Antoine Emaz



                           Au fond de l'ombre, il y a la terre meuble
                           puis la terre sèche et serrée, compacte,
                           et ensuite, la pierre.
                           Arrivé à cela, on cesse d'écrire. C'est
                           tout pour aujourd'hui.


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                           quatre mois de presque rien

                           broyé dans la terre qui parle


                           Il en reste toujours sous les ongles.

.

                         (Poème de la terre, La Bartavelle, 1986)

Vient de paraît Lichen, Encore... on en parle ici.

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26 mai 2009

Bruno Fern


 

au mot près

 

 

  à Geoffrey Hill

 

 

 

des copulations de grenouilles : voilà que nous sommes

 

tombés en plein dedans, ni intrus ni vraiment à notre place – ce qui laisse une impression difficile à dépasser, un décalage permanent, pas seulement entre les paroles et les gestes ;

 

d’autres ont des phrases sûres de leur coup ils enchaînent à la perfection qui n’est pourtant pas de ce monde rectifient (avec raison) en coagulations

 

savent au nom de qui faire couler la circulation sanguine ses limites qu’ils excèdent allègrement

 

faut dire que l’engendrement n’est pas leur truc : spécialistes de la déliaison, promoteurs cool de quartiers pour seniors, etc., ils laissent des traces les suivent s’écartent toujours plus

 

loin des marais fendent

 

l’air et les crânes depuis des siècles parfois une voix s’élève à hauteur variable une

 

gueulante composée

 

(texte inédit, extrait de Livres)

*

Bruno Fern est  l'auteur de Cheval porteur. Des textes sont également parus chez remue.net.

Enfin, lire un article de D. Quélen à propos de Cabine double.

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19 mai 2009

Roger Lahu




C'EST DÉCIDÉ

dessiné aussi (à traits frustes)

décimé (en comptant

jusqu'à un vague dix

malhabilement

sur ses doigts) :

(soleils crevez

vous les yeux

trop de lumière nuit

à ce noir qu'il faut

pour que ça se voit petit peu les photons

mesquins

des jours après les jours )

je vais me désapprendre

à branle bas mon corps

et biens mal acquis

-oh biens de peu biens qu'on dira par joke borions

comme abolis

avant même qu'eus -

hypothèques hypothèses ? Quelque chose

« dans ces goûts là » (aigre-doux)

c'est pour de jeu de semblant

mais ça ne compte pas cependant (et tous pendus annexes)

(aux langues bleues) (et sexes roidis – in extremis )

pour du beurre

on verra

verra bien

temps sans prix bien fixé arrêt sans images stables

c'est

« comme ça »


menthe



C'EST FAUX TOUT FAUX

longue lande lasse des demains

mains crispées sur la faux

je m'aperçois toujours trop tard

sans vraie angoisse

ni poire pour mes sécheresses intestines

« t'as tout faux » c'est tout ce que je me susurre

comme découragements

façon de stimuler simuler

la Bête

blette


noa

Roger Lahu par Noa (bibliothèque de la Part-dieu,13mai 09)



ET PÜIS ON FINIT TOUJOURS PAR APPRENDRE

par un hasard hasardeux

que très loin quelque part près d'un fleuve

son nom propre

signifie

« bonne viande de tigre rôti »

et aussi veut dire autre chose

sur l'autre rive

du même fleuve

et qu'on a ses propres langues

et écritures

ça donne envie

de rugir d'une joie

momentanée

une joie assez propre

pour être

mentionnée

même au bord de sa propre

petite rivière sans grand courant


(Textes inédits, extraits de 8 blues arythmiques, avril 2005)


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17 mai 2009

Publie.net / deux textes


A découvrir, deux textes forts, chez Publie.net, l'un de Cécile Guivarch, coups portés, l'autre de Nicolas Grégoire, boucle ça. Tous deux présents sur mots_tessons, depuis longtemps. Des extrait de ces textes, dans leurs versions de travail, sont d'ailleurs en ligne ici et .

Deux écritures sèches, chacune à leur façon. L'une faisant bloc, l'autre s'étirant sur la page, toutes deux cherchant, toutes deux bégayant, toutes deux visitant la solitude et les liens familiaux, là où ils sont les plus compliqués. Et par cette exploration, tenter de s'y retrouver, de tenir le coup...

On n'en dit pas plus, il faut aller voir.

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15 mai 2009

Claude Favre

(cliquer sur les textes pour agrandir)


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*

cf1N

*

cf2N

(Texte inédit, extrait de 440 chameaux pour 17000 livres)

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13 mai 2009

Mathieu Brosseau


Tu as vu qu’il était un silence majeur, une mélodie de l’action qui se parfait, tu vois maintenant qu’il est un amour, un allant contre lequel je ne saurais lutter, même dans l’attaque des empires, l’être se déforme dans les actions de l’esprit vengeur, l’être s’accoquine avec les dépravations autant qu’il aime à se mouvoir dans la joie, il me faudrait te dire l’essence de l’amour à jamais renouvelé entre les peaux, le museau de l’animal flaire le genre comme la peur, son museau précède ses yeux imparfaits, l’animal pense réagir, on croit que l’animal réagit alors qu’il est cohabité, on le croit cohabité, longtemps j’ai craint la possibilité de la devenir, quoi ?, la peur, à marcher par mes mains, tic, tac, longtemps j’ai cru qu’il fallait


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revenir à terre pour mieux la sentir, je lèche la terre, le sol, les trottoirs, je lèche la ville, les faubourgs, longtemps j’ai crû entrevoir un semblant de schéma éthique à réétablir et fondé sur son absence, tu souffles un coup dans le noir de ton ombre et tout se transporte loin d’ici, dans l’ombre d’un autre, tu vois, une éthique de l’inhumain, je te sens dans ton ombre, tu es tous les hommes dans leur nombre, tous les hommes me parlent, les ombres communiquent, et tu crois que c’est dans le marc de café, tic, tac, ça s’appelle une idée projetée, à moi aussi, il m’arrive d’imaginer, d’ailleurs : longtemps j’ai imaginé qu’en m’abaissant, les hommes n’iraient pas me marcher dessus, mon ombre a depuis longtemps décidé de ne plus s’inscrire, seule dans la cachette du soleil, tic, tac, on n’y voit rien…

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(extrait de Uns, texte inédit)

Et pour ceux qui ne l'auraient pas lu, un entretien avec Mathieu Brosseau, paru sur remue.net.

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01 avril 2009

Patrick Dubost


) séquoias (        ) le soleil et les ombres déjà (         ) le marais n'a pas d'autres solutions que (        ) de l'eau jusqu'aux genoux (         ) deux kilomètres environ (           ) les joncs (         ) débris flottants     (        ) rangers en progression sous-marine et je n'oublie jamais, dans ce contrepoint (         ) car la fatigue structure là où tout fuit     (        ) quelques regards vers les toits rouges (


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                                           photo Nicolas Grégoire - Rwanda

) jambes noyées sous la boue (        ) tous mes gestes me rapprochent de la surface glauque (         ) de l'eau jusqu'à la ceinture maintenant (        ) désordre gobé par le calme (         ) les toits rouges dépassent encore au-dessus des joncs (

 

) de la boue, de l'eau et du sable (       ) à hauteur de poitrine (         ) je respire difficilement (       ) ne plus bouger (       ) les joncs s'inclinent (

*

) le corps du paysage ( , la rumeur libre, 2008, p. 19 - 20)

Site de P. Dubost

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29 mars 2009

Olivier Bourdelier


                                Les mots sont les mêmes je marche
                                pousse mon poumon noir devant

                                sans doute j'ignore sans doute

                                je n'ai pas de hâte j'ai
                                crainte de ma mort et toi.

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Une lecture de J-P. Dubost sur Poezibao


(si la lune est là, pré#carré, mars 2009)

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23 mars 2009

Patrick Wateau


La crainte que nous éprouvons dans l'obscurité, est la véritable obscurité. (Celle qu'il faudrait enfermer dans une boîte avec quelques rayures d'aiguille.)

 

Personne ne conteste que la direction du vent appartienne uniquement au vent. Pourtant le monde est plein d'histoires sur ce mystère.


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Ecrire dans la langue de la diminution (perdendosi, diminuendo) avec rien. Pas même le pur disparaître de l'anonymat.

Le vent, souvent. Soulèvement de la neige par le vent et bourrasque des choses, à cause du point d'attache du dehors qui se désorganise lui-même intérieurement.
Pourtant, à ce moment, chaque chose fait connaître sa nécessité, moindre chose du monde, comme s'il ne restait plus, pour ramener la blancheur au niveau des deux branches, qu'à incliner le ciel en maintenant la petite branche au-dessus de la grande.


(Docimasie, José Corti, p.21 et 35, 2001)

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05 mars 2009

Antoine Emaz


Puisqu'on parle déjà de Cambouis ici, et ...

*


                    voir les choses comme
                    elles sont
                    autant que possible

                    ce soir non
                    ce soir pas
                    plus loin
                    ce soir
                    tout de même


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                    il y a les arbres la nuit

                    et puis la vie qui va
                    à travers sang

                    de terre des morts remontent
                    en mémoire

                    tête éponge

                    des tâches de couleur
                    sans figures précises
                    tant elles sont passées
                    derrière d'autres déjà
                    présentent

                    on n'en finira pas

                    on laisse les yeux
                    on s'en détache on ne s'en fout pas non
                    on s'épargne on
                    verra demain sans doute
                    ce ne sera pas plus clair
                    mais on aura gagné un jour


(Un de ces jours, avec des bois gravés de J.-M. Scanreigh, Café de l'Aspic, éditeur à Nîmes, 50 exemplaires, 1999)

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21 février 2009

Alain Marc


                               Dénude
                               la fureur

.

                               genoux ouverts


                               la voix
                               n'est rien

.

                              Théâtre de becs

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                              Dans ce calvaire
                              effrité
                              un chasseur d'images
                                             hume
                              la senteur âcre

.

                              L'AIR EST LOURD
                              ET PLEIN D'OMBRES


(Regards hallucinés, Poésie et notes, Lanore, 2005, p. 21 et 68)

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26 janvier 2009

Cécile Guivarch



heurts cognent dur au corps ces sommes de petits coups portés loin s'en faut y voir clair et puis déjà yeux fermés comme ça rien n'y fait c'est en toute logique pas tant que là où mince m'y coince les doigts que ça part en vrille de tous les côtés à ne plus savoir quoi du doigt ou de l'œil voit le plus clair à côté de ses pompes et puis zut comment y revenir après tout histoire de pas grand-chose qui tient au souffle respirations de tout un siècle ou deux de générations qui se succèdent ici là pas forcément mais qui sont autant brins bouts des racines


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quelqu’un au jardin il n’en a que le nom si envahi décombres bouts de ficelles tôles coquillages os de seiches gravats ail caché sous vieux pieds de tomates herbe à lapin orties crabe surtout là-bas enterré sous le pommier le carillon de mariés puis les casseroles quelques économies les vieux papiers top secrets de polichinelle par ces temps qui courent mieux vaut mettre de côté des boîtes de conserve cacher quelques pommes


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l’autre le fou va pas signer ça emmerde grave les dix autres attendent que la part de la galette et la fève s’ils peuvent sont prêts à tout si pouvait être un peu plus fou serait top mis sous tutelle n’aurait rien à dire et puis toc pauvre mec prend ça dans les dents où tu veux ne fais pas chier dors va Aimé interné décès à Pont-l’Abbé seul sonne pas comme prénom laisse sa part à ses trois frères Germain Alphonse et Marcel une sœur Désina à eux deux la touche de poésie filée au ciel reste le gâteau à couper en trois parts égales bout de terre ne vaut pas grand kopek inculte juste un petit bout de lande


(Coups portés, inédits, textes en cours d'écriture, 2009)

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22 janvier 2009

Pollock attend Pollock


Le vertige Pollock. Et peut-être comment nous nous atteignons par Pollock, figure et énigme. Pendant quelque 70 pages nous tournons dans cette cage où Pollock s’acharne à s’échapper, à tomber en lui-même.

(Lire ici, chez Jérémy Liron)

Lire aussi:

- sur Terre à ciel

- Chez Joachim Séné / Journal écrit


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